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Antidépresseurs, adolescents et prise de poids


En tant que clinicienne, l'une des tendances qui m'inquiètent le plus depuis dix ans est rarement abordée dans le langage de l'image corporelle — pourtant, elle appartient de plein droit à cette conversation.

Depuis la pandémie de COVID-19, les prescriptions d'antidépresseurs pour les jeunes ont augmenté à un rythme extraordinaire. Une étude majeure de 2024 publiée dans Pediatrics, analysant plus de 221 millions d'ordonnances, a révélé que le taux mensuel de distribution pour les Américains âgés de 12 à 25 ans a augmenté de 66,3 % entre 2016 et 2022, avec une accélération de 63,5 % après mars 2020. Chez les filles de 12 à 17 ans, les prescriptions ont augmenté 130 % plus rapidement après le début de la pandémie.

La classe la plus prescrite — représentant plus des deux tiers de toutes les ordonnances — est celle des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, ou ISRS. La sertraline, la fluoxétine et l'escitalopram constituent la majorité de ce qui est dispensé aux jeunes en Amérique du Nord.


Ce que cet article n'est pas

Soyons clairs : la dépression, l'anxiété et autres troubles de santé mentale sont réels et parfois mortels. Pour beaucoup de jeunes, les antidépresseurs ne sont pas un choix — c'est une bouée de sauvetage. Ceci n'est pas un argument contre le traitement. C'est un argument pour comprendre le portrait complet de ce que ce traitement implique, incluant les aspects rarement discutés avec les familles.


Comment les ISRS perturbent la faim et la satiété

La sérotonine n'est pas seulement un neurotransmetteur régulateur de l'humeur — c'est l'un des principaux architectes du système de faim et de satiété. Dans l'hypothalamus, la signalisation sérotoninergique via les récepteurs 5-HT2C active les neurones qui suppriment la prise alimentaire et régulent l'équilibre énergétique. La sérotonine est, entre autres choses, un signal de satiété.

Les ISRS fonctionnent en bloquant le transporteur de la sérotonine, laissant plus de sérotonine dans la fente synaptique. À court terme, cela supprime l'appétit — un effet que plusieurs patients remarquent dans les premières semaines. Mais le cerveau est un système homéostatique. L'inondation chronique de la synapse provoque la désensibilisation des récepteurs 5-HT2C : ils diminuent en nombre et en sensibilité. Le signal de satiété s'affaiblit, puis s'inverse.

Le médicament bloque toujours le transporteur — mais le neurone post-synaptique a cessé d'écouter.


Ce que disent (et ne disent pas) les études à court terme

Les compagnies pharmaceutiques sont généralement rassurantes. Les études à court terme — typiquement de six à douze semaines — montrent généralement que les ISRS ne causent pas de gain de poids chez les enfants et adolescents, et certaines montrent même une modeste perte de poids initiale.

Mais les essais pédiatriques sont habituellement courts. Et ces compagnies ne sont pas enclines à prolonger ces études, car elles montrent un portrait entièrement différent.


Le portrait à long terme est substantiellement différent et plus préoccupant. Une étude de 24 semaines chez des patients sous sertraline âgés de 6 à 17 ans a trouvé un gain de poids moyen de 6,5 livres, comparé à 2,7 livres dans le groupe placebo. C'est plus du double du gain de poids des pairs non médicamentés sur la même période — et 24 semaines, ce n'est toujours pas du long terme.


Les trois perturbations métaboliques

Leptine : le signal ignoré

La leptine est produite par les cellules adipeuses et augmente après avoir mangé, signalant à l'hypothalamus que les réserves d'énergie sont adéquates et que la faim devrait s'atténuer. L'utilisation chronique d'ISRS produit un résultat paradoxal : les niveaux sériques de leptine augmentent, mais le cerveau devient progressivement moins réceptif.

La conséquence pratique ? Une personne mangeant un repas complet ne reçoit pas le message clair de satiété qu'elle devrait. Elle continue à avoir faim même après avoir assez mangé.

Ghréline : la faim qui persiste

La ghréline est produite dans l'estomac et augmente quand le corps a besoin de nourriture, puis chute après avoir mangé. La chute post-repas de la ghréline est l'un des principaux mécanismes biologiques qui vous dit d'arrêter de manger.

Lorsque les récepteurs 5-HT2C se désensibilisent avec l'usage chronique d'ISRS, ce frein s'affaiblit. Le résultat ? La ghréline ne chute pas normalement après les repas, le signal de faim persiste plus longtemps qu'il ne le devrait, et les envies d'aliments riches en calories et en glucides augmentent de façon mesurable.

C'est pourquoi les utilisateurs d'ISRS consomment environ 215 calories de plus par jour que les non-utilisateurs appariés, avec une préférence particulière pour les aliments sucrés et féculents.

Insuline : la voie la plus sous-estimée

La sérotonine n'est pas seulement un neurotransmetteur cérébral — elle est aussi produite dans l'intestin et joue un rôle direct dans la fonction pancréatique. Quand les ISRS bloquent le transporteur de sérotonine dans tout le corps, ils altèrent la dynamique de la sérotonine dans le pancréas, affaiblissant la réponse normale de sécrétion d'insuline au glucose.

L'utilisation d'ISRS est associée à une résistance accrue à l'insuline et à une élévation de la protéine C-réactive, un marqueur d'inflammation impliqué dans la perturbation métabolique.


Pourquoi cela importe particulièrement pour les adolescents

Le cerveau en développement est particulièrement susceptible à l'adaptation homéostatique parce que ses systèmes de récepteurs sont encore en cours de calibration. Un cerveau adulte qui subit une désensibilisation des récepteurs 5-HT2C s'adapte à partir d'une ligne de base établie.

Un cerveau adolescent qui subit le même processus peut être en train d'établir sa ligne de base pendant une période critique de calibration métabolique et hormonale — pendant les mêmes années où les systèmes de faim et de satiété s'organisent pour le reste de la vie adulte.

Une étude prospective de deux ans utilisant des scans corporels complets tous les huit mois a révélé que les antidépresseurs — mais pas la dépression ou l'anxiété elles-mêmes — étaient associés à des augmentations de la masse grasse et de l'IMC chez les adolescents de 15 à 20 ans.

Le gain de poids était causé par le médicament, pas par la condition qu'il traitait. Cette distinction n'atteint presque jamais les parents.


La cascade en 7 étapes : d'un effet secondaire à un trouble alimentaire

Voici la cascade qui me préoccupe cliniquement :

1. Le gain de poids pharmacologique commence — La perturbation liée aux ISRS produit un gain de poids réel, non lié à la suralimentation.

2. La cause est mal comprise — Parce que l'effet métabolique est rarement expliqué lors de la prescription, les familles et les cliniciens assument que le gain reflète de mauvaises habitudes.

3. Le corps devient "le problème" — Le jeune remarque le changement. Les messages médicaux et sociaux convergent : le corps doit être corrigé.

4. La restriction alimentaire commence — En quête de contrôle, le jeune commence à suivre un régime : sauter des repas, compter les calories, éviter de manger avec les autres.

5. La biologie résiste — La restriction superposée à un système de faim déjà déréglé aggrave la perturbation. Les signaux de faim deviennent plus chaotiques.

6. L'alimentation désordonnée s'installe — Ce qui a commencé comme un effet secondaire pharmacologique devient un trouble alimentaire comportemental.

7. Le déclencheur original disparaît de vue — Au moment où le trouble alimentaire est formellement identifié, l'ISRS est rarement nommé comme partie de l'histoire.


Ce que cela signifie en pratique

Les ISRS sauvent des vies. Mais les conséquences métaboliques — perturbation de l'appétit, gain de poids, dommages en cascade à l'image corporelle — ne figurent pas sur la plupart des listes de vérification de prescription, et sont rarement discutées avec les familles.

Les familles méritent de connaître le portrait complet. Pas pour refuser le traitement, mais pour comprendre ce qui pourrait suivre — et pour être préparées à soutenir leur adolescent si et quand ces changements surviennent.

Car lorsque le gain de poids est expliqué comme un effet secondaire métabolique plutôt que comme un échec personnel, tout change. L'adolescent n'a pas échoué. Son corps réagit exactement comme prévu à une intervention pharmacologique puissante.


Et cette connaissance, à elle seule, peut briser la cascade.


Cet article est adapté de recherches cliniques sur les effets métaboliques des ISRS chez les adolescents. Il n'est pas destiné à remplacer un avis médical professionnel.

 
 
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