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Mieux comprendre la sélectivité alimentaire

Les premiers instants : quand tout commence

Tout commence avec la bouche. La première tétée est probablement l'une des toutes premières expériences sensorielles extra-utérines du nouveau-né. L'instinct de survie pousse ce petit être sans défense à se nourrir. Un bébé placé sur le ventre de sa mère rampera jusqu'au sein de lui-même.

En Suède, cette pratique — connue sous le nom de « ramping vers le sein » — est courante : on laisse les nouveau-nés accomplir ce voyage par eux-mêmes. Des recherches systématiques à l'Institut Karolinska de Stockholm ont documenté neuf étapes comportementales séquentielles chez les nouveau-nés placés peau à peau sur l'abdomen maternel. Le ramping vers le sein commence vers 29 minutes et la succion efficace se produit à environ 50 minutes.

Cela contraste fortement avec la culture nord-américaine, où le bébé est généralement éloigné de sa mère après quelques minutes pour la laisser se reposer, et doit pleurer pour être ramené à ses côtés.

Un bébé sur sa mère ne perd pas le contact avec son odeur, ce qui l'encourage à poursuivre cette recherche instinctive du sein. Cette première expérience — réussir à peine vingt minutes après la naissance à « gagner sa croûte » — est bien plus riche que l'expérience de séparation à laquelle nos bébés sont habituellement soumis.

En observant leur bébé trouver son chemin vers la nourriture, les parents ne peuvent que faire davantage confiance à la nature. Ils doutent moins de l'instinct de leur bébé à affirmer ses besoins, car celui-ci leur a déjà montré de quoi il était capable dès son arrivée au monde. Quoi de plus beau que de prouver sa propre capacité dans les premières minutes de vie ?

L'allaitement offre également l'occasion de valider les signaux de faim de l'enfant. Parce que maman est à l'écoute des sensations de faim et de satiété, et met des mots sur ces sensations, bébé apprend ce qu'est la faim... et ce qu'elle n'est pas !


Qu'est-ce que le traitement sensoriel ?

Nos sens ne se contentent pas d'enregistrer l'information du monde extérieur — ils l'interprètent. Le même bol de gruau chaud et réconfortant pour un enfant sera accablant et physiquement répulsif pour un autre. Ce n'est ni de l'imagination ni de la défiance. C'est le résultat de la façon dont le système nerveux de chaque enfant traite et intègre les informations sensorielles.

Le traitement sensoriel désigne la capacité du cerveau à recevoir, organiser et répondre aux informations provenant de tous les sens. Quand ce processus fonctionne bien, un enfant peut s'asseoir à table, tolérer l'odeur de la nourriture servie, accepter sa texture en bouche et réguler l'expérience de manger sans détresse. Quand ça ne fonctionne pas bien, chaque repas peut ressembler à un champ de mines sensoriel.

Les sens les plus directement impliqués dans l'alimentation sont le toucher (particulièrement la sensibilité orale et tactile), le goût, l'odorat, le système vestibulaire (équilibre et mouvement) et la proprioception (le sens de la position du corps et de la pression interne). Mais n'oublions pas que la vision et l'ouïe jouent aussi un rôle : l'apparence d'un nouvel aliment et le niveau de bruit à table font partie du contexte sensoriel de chaque repas.


Hypersensibilité et hyposensibilité : deux profils opposés

Un enfant peut être hypersensible aux stimuli sensoriels — ce que les professionnels appellent l'hyperréactivité — ce qui signifie que ce qui semble ordinaire aux autres est véritablement accablant pour lui. Ou il peut être hyposensible — hyporéactivité — ce qui signifie qu'il recherche des expériences sensorielles plus intenses pour se sentir adéquatement stimulé.

Plusieurs enfants présentent un profil mixte : hypersensibles dans certains domaines et hyposensibles dans d'autres. Un enfant qui recherche un contact physique intense mais ne peut tolérer l'odeur des légumes cuits ne se contredit pas — il exprime la complexité de son propre profil sensoriel.

Impliquer les enfants dans les achats alimentaires et la préparation des repas s'est révélé l'une des stratégies les plus efficaces identifiées par les parents d'enfants ayant des défis sensoriels.

La néophobie alimentaire : la peur du nouveau

L'une des expressions les plus courantes de la sensibilité sensorielle liée à l'alimentation est la néophobie alimentaire — la peur des aliments nouveaux ou inconnus. Loin d'être une anomalie comportementale, la néophobie alimentaire est considérée comme une étape développementale normale : elle touche entre 50 et 75 % des enfants, culmine entre deux et six ans, puis diminue graduellement.

En termes évolutifs, c'est un mécanisme de protection — le système nerveux de l'enfant reste prudent face aux substances qu'il n'a pas encore apprises à faire confiance.


La logique sensorielle de l'enfant

La recherche montre que la néophobie alimentaire est étroitement liée à la sensibilité sensorielle, particulièrement à l'odeur et à la texture. Un enfant déjà sensible aux stimuli olfactifs aura tendance à rejeter les aliments inconnus avant même qu'ils n'atteignent la bouche — l'évaluation visuelle et olfactive se fait d'abord, puis vient la composante tactile. Si ces « gardiens » ne sont pas rassurés, l'aliment n'a jamais sa chance.

Cela a du sens : un enfant qui ne peut toucher un aliment avec ses mains ne le touchera certainement pas avec sa bouche.

C'est important pour les parents de comprendre : l'enfant qui refuse d'essayer un nouvel aliment n'est pas irrationnel. Il suit une logique sensorielle d'auto-protection que nous devrions respecter — tout en l'élargissant très doucement, avec le temps.


L'exposition répétée : la clé du succès

L'implication pratique essentielle de la néophobie est celle-ci : l'enfant doit être exposé à un nouvel aliment plusieurs fois — par la vue, l'odorat et le toucher — bien avant qu'on s'attende à ce qu'il le goûte.

La recherche sur l'exposition répétée aux aliments montre constamment que les enfants à qui on offre un nouvel aliment dix fois ou plus sur plusieurs semaines ou mois démontrent une acceptation significativement plus grande que ceux qui le rencontrent une ou deux fois.


La règle d'or pour les parents : exposition répétée, au rythme de l'enfant, sans aucune pression.

L'acceptation des légumes, par exemple, commence dès l'âge de 5 mois. Le respect des capacités oro-motrices est également important dans ce processus d'apprentissage.

Comprendre le profil sensoriel de votre enfant transforme votre approche de l'alimentation. Ce n'est pas de l'entêtement — c'est de la biologie.


Marie-France Lalancette, auteure du livre Alimentation et Autisme, relever le défi une bouchée à la fois, Editions Le Dauphin Blanc, vous accompagne dans la recherche de solutions pour gérer la sélectivité alimentaire.

 
 
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